rose...éros...oser
Il est partout, chez tous les cavistes, dans les épiceries de luxe, mis en avant dans les grandes surfaces : le rosé attaque, vu que c’est l’été. Avec lui, les cahouètes, la chaise longue sous le platane, quelques homériques gueules de bois car parfois le rosé, euh comment dire, attaque au sens littéral du terme. Mais il a changé ce rosé, ce vin à l’étrange couleur, gagné ses lettres de noblesse, quitté la table de camping pour le droit de rafraîchir en seau argenté.
Un vin souvent de piètre qualité, réservé aux libations de la plèbe, aux barbecues prolétariens, en triplette avec la Kro et le jaune. Un apéro attaqué à midi qui s’éternise tard dans la nuit, associé à la graisse froide des merguez oubliées sur la grille. Avec le lendemain, une casquette en peau de locomotive garantie. Aujourd’hui, le rosé s’est embourgeoisé. Profitant des progrès considérables dans les méthodes de vinification, il a gagné en qualité et intéresse une clientèle autrefois boudeuse, prête à mettre le prix : 6 à 8 euros pour un bon rosé du Languedoc et plus de 10 euros pour quelques stars en côtes de Provence ou Bandol. Pour en arriver là, il a aussi fallu que les viticulteurs travaillent sur la couleur : sans véritable lien avec le goût, l’éclaircissement du rosé est un indéniable élément de son nouveau succès. On admire la couleur "pelure d’oignon" d’un rosé de Provence (sur sa gambas grillée et son encornet à la plancha). Ayant conquis une nouvelle clientèle, sans pour autant perdre sa clientèle traditionnelle, le rosé voit ses ventes en constante augmentation depuis le début des années 2000. Le rosé reste un vin extrêmement saisonnier, les ventes sont très sensibles aux variations de température (été pourri = effondrement des ventes). Mais la fournaise qui nous attend dans les vingt prochaines années offre de belles perspectives aux producteurs.»
EST CE UN VIN FEMININ ?
«Le rose, c’est une couleur "douce", liée à l’affectif, aux sentiments tendres, alors que le rouge est dans l’expression de sentiments forts, de passion, de violence. Avec le rose nous sommes dans le charme, la féminité… Le vin rosé, vin "léger", est souvent associé à la féminité, un rosé féminin, discret, doux, romantique, candide, à la fraîcheur fragile et sucrée, à la séduction discrète qui s’opposerait à un rosé plus provocant, robuste, piquant et masculin. Le rose est intimement lié à la rose qui lui a donné son nom, naturellement empreint de la symbolique de cette fleur, "chair du divin" selon Dante, associée aux charmes et aux plaisirs. C’est une couleur qui joue la carte du tendre et du bonheur : être couché sur un lit de roses, voir la vie en rose ou couleur de rose, carton rose, période rose, être sur un nuage rose… Féminité mais aussi gourmandise, le rose se glisse aussi du côté de l’enfance : rose bonbon, guimauve, praline, cerise, framboise… Ou du rose buvard, suave et velouté de l’écolier d’autrefois. Féminité toujours avec le roman rose ou à l’eau de rose, utopie d’un monde enchanté où tout est sucré, moelleux, fondant. Parfois considéré comme niais et chichiteux, il peut aussi être provoquant. C’est une couleur qui joue les ambiguïtés, entre "la" rose et "le" rose. Celle d’une couleur insaisissable, sous-rouge selon les physiciens, "bâtard du rouge triomphant" qui se fond dans les rouges, les jaunes, les violets… Rose si féminin, mais aussi lieu de l’ambivalence, de l’entre-deux, du double. Le rose, c’est aussi la chair, la nudité, l’érotisme, le sexe : Rose, c’est l’anagramme d’Eros.»
A noter, nouveau cocktail à la mode :
Un bon rosé mélangé avec de l'eau gazeuse.
La boisson de l'été à remplacer le champagne!